Le secret derrière les bêtes noires : le pire cauchemar du joueur de tennis
Le sport niveau est imprévisible. Parfois, la logique est respectée, mais parfois, des résultats inattendus ont lieu. D’ailleurs, un joueur a quasiment systématiquement un adversaire qu’il déteste affronter.
Jeu qui ne déstabilise pas l’autre, blocage psychologique, détection des points faibles… Le tennis n’échappe pas à la règle des fameuses “bêtes noires”. Comment les joueurs appréhendent les rencontres face à des adversaires qui ne leur réussissent pas ?
MONFILS FACE À SA KRYPTONITE ABSOLUE, NOVAK DJOKOVIC
Novak Djokovic est un joueur qui est entré dans la tête de Gaël Monfils. Le Serbe est probablement la bête noire de beaucoup, mais plus particulièrement du Français.
En 20 affrontements sur le circuit principal, Monfils n’en a pas gagné un seul. Il s’agit d’un record dans toute l’histoire du tennis professionnel : personne n’a perdu autant de fois contre un même joueur sans jamais gagner une seule rencontre.
Trois balles de match en demi-finales à Dubaï en 2020
Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Le natif de Paris a eu plusieurs occasions de venir à bout de l’ancien numéro 1 mondial. Lors du premier tour de l’US Open 2005, Monfils n’avait cédé que 7-5 dans la cinquième manche, dans un match qu’il avait été proche de gagner. En finale du Masters 1000 de Paris-Bercy 2009, c’est au tie-break du troisième set que la rencontre s’était décidée.
Rebelote au Masters 1000 de Toronto 2014, où le Serbe l’avait emporté au mental (6-2, 6-7, 7-6). Enfin, plus récemment, Monfils s’était même procuré trois balles de match dans le tie-break du deuxième set, avant de s’écrouler dans le troisième (2-6, 7-6, 6-1) en demi-finales de l’ATP 500 de Dubaï 2020.

« J’espère arriver à le battre au moins une fois sur le circuit professionnel »
« Quand Novak (Djokovic) me joue, il a une solution que je n’ai pas. Il a un sentiment que je peux avoir avec d’autres joueurs. Il arrive à me bloquer dans une certaine phase de jeu où je n’arrive plus à lui poser des problèmes. Il est plus fort que moi, et ça fait 20 fois que je le joue.
Malheureusement, je perds contre lui une à deux fois par année, parce que ça fait longtemps qu’on s’affronte. Quand je rentre sur le match, j’y crois, j’ai mon plan. J’espère très vite lui poser des problèmes. De temps en temps, ça m’arrive et j’ai des premières opportunités.
Quand je lui pose des problèmes, parfois il n’y répond pas tout de suite, mais à partir du moment où il me répond et qu’il me pose des questions à son tour, je n’arrive pas à lui répondre. J’espère arriver à le battre au moins une fois sur le circuit professionnel.
Il ne faut pas oublier que je l’ai battu à Bergame en Futures, puis j’ai gagné chez les Juniors en Australie. Mais c’est sûr que sur le circuit ATP, ça fait 20-0 pour lui », avait assuré Monfils au printemps 2025 pour Eurosport.
« L’US Open 2005, c’est la seule fois où Gaël a commencé le match en se disant qu’il pouvait gagner »
En 2016, Thierry Champion, qui était l’entraîneur de Monfils lors de leur première confrontation à Flushing Meadows en 2005, racontait la façon dont Djokovic avait su faire preuve de malice pour arracher une victoire au bout de l’effort.
Alors que le score était de 4-3 Monfils, puis 40-40 sur le service du Serbe, ce dernier s’est effondré sur le court, prétextant des difficultés respiratoires. Après une interruption et l’intervention du médecin, la partie a repris et Djokovic a mieux terminé la partie.
« Dès la fin du match, je suis allé dans le bureau du superviseur pour lui dire qu’il fallait qu’il revoit le règlement. Mais ça ne m’a pas empêché d’engueuler Gaël (Monfils) juste après. Je lui ai dit : "Tu vois, il a utilisé tous les moyens pour gagner, alors que toi tu t’es laissé faire". Novak (Djokovic) était plus mature.
Ce jour-là, c’est la seule fois où Gaël a commencé le match en se disant qu’il pouvait gagner. Et le mental est très important chez lui. Après, Djoko est devenu rapidement plus fort dans tous les domaines », assurait-il à quelques heures de la demi-finale de l’US Open 2016 entre les deux hommes pour le média 20 Minutes.
COMMENT SINNER A PRIS L’ASCENDANT SUR MEDVEDEV
Désormais figure incontournable du tennis, Jannik Sinner a également eu du mal à apprivoiser le jeu de certains de ses collègues sur le circuit. C’est notamment le cas de Daniil Medvedev. Ce dernier avait remporté les six premières confrontations face à l’Italien, ne perdant que trois sets entre Marseille 2020 et la finale du Masters 1000 de Miami 2023.
Un déclic à Pékin en 2023 pour Sinner contre Medvedev
Lors des ATP Finals 2021, Sinner était passé une première fois très près de dominer le Russe, se procurant deux balles de match dans le tie-break du troisième set. Mais le déclic a finalement eu lieu en finale de l’ATP 500 de Pékin 2023, où Sinner a enfin réussi à trouver la solution (7-6, 7-6).
« Je pensais être devenu un grand joueur quand je suis entré dans le top 10, mais je n’arrivais pas à battre les meilleurs du monde, alors j’ai dû ajouter quelque chose à mon tennis. Je dirais que Medvedev est un bon exemple. Il m’a fait grandir en tant que joueur.
Je ne le battais jamais au début, puis, progressivement, j’ai fini par trouver la solution à Pékin et j’ai remporté le titre. Quelques jours plus tard, j’ai également gagné contre lui à Vienne, puis aux ATP Finals de Turin. Quand Simone Vagnozzi a commencé à m’entraîner, j’ai commencé à varier mon jeu.
Depuis la deuxième partie de saison 2023, j’ai l’impression que toutes les pièces ont commencé à s’assembler, notamment le service qui est devenu une arme importante dans les moments clés des matchs », assurait l’Italien en décembre 2024 pour Tennis Magazine.

« Il rate de moins en moins, et va certainement s’approcher de plus en plus »
Au printemps 2023, lorsque Medvedev s’était adjugé le titre au Masters 1000 de Miami contre Sinner, il avait donc pris le meilleur sur son jeune adversaire pour la sixième fois en autant de confrontations.
Le Russe, lucide sur son niveau de l’époque, analysait sa faculté à neutraliser les ambitions du natif de San Candido, mais avait également senti le vent tourner petit à petit. Sinner était déjà devenu plus complet et plus difficile à battre à ses yeux.
« Contre Alcaraz comme contre Rublev ou Ruusuvuori auparavant, il détruisait littéralement la balle. Quelque part, ma balle ne le laisse pas faire ça. Peut-être aussi que je lis son jeu un peu mieux, donc je le pousse un peu plus à la faute.
Malgré tout, je sens qu’il est encore monté en puissance cette année. Il rate de moins en moins. Et il va certainement s’approcher de plus en plus. Mais j’espère pouvoir continuer de le gêner lors de nos prochains matchs », confiait-il à l’époque.
L’évolution du discours de Medvedev sur Sinner : « C’est une machine »
En octobre 2024, Sinner, alors numéro 1 mondial et auteur d’une saison exceptionnelle, avait écrasé Medvedev en quarts de finale de l’exhibition du Six Kings Slam (6-0, 6-3). Impressionné par le niveau de jeu de son rival, le Russe n’avait pu qu’applaudir la performance de l’Italien.
« Je n’ai jamais joué contre quelqu’un comme Jannik (Sinner) aujourd’hui. Quand on compare Carlos (Alcaraz) à Jannik, j’ai l’habitude de dire que Jannik est plus régulier. C’est une machine, alors que Carlos connaît des hauts et des bas. Mais quand il est à son meilleur niveau, il est sans doute un peu meilleur (que Sinner).
« Je ne pense pas que mon tennis était si mauvais, mais j’ai perdu très lourdement »
Mais je change d’avis. Je n’ai jamais joué contre quelqu’un comme Jannik. Si ce n’était pas un ace, la balle revenait sans cesse. J’ai raté des coups faciles, parce qu’au début du match je ne ratais pas ces coups mais je me prenais des passings gagnants.
Les fois suivantes, vous savez que vous devez aller vers la balle mais vous commencez à douter de vous-même, vous paniquez et vous ratez. C’est un sentiment délicat, parce que je me sentais bien physiquement sur le court et mon état d’esprit était bon.
Je ne pense pas que mon tennis était si mauvais que cela, mais j’ai quand même perdu très lourdement. Je ne me souviens pas de la dernière fois qu’une telle chose m'est arrivée », avait-il concédé devant la presse à Riyad après son élimination.
Au 10 janvier 2026, Sinner a complètement renversé la tendance dans les confrontations directes avec Medvedev. Après six défaites consécutives, l’Italien menait à cette date 8 victoires à 7 contre le Russe. Signe de ses progrès fulgurants et de sa capacité à apprendre de ses échecs passés.
RODDICK TRAUMATISÉ PAR FEDERER
Ancien numéro 1 mondial, Andy Roddick n’a pas apprécié affronter Roger Federer dans sa carrière. Le Suisse mène 21 victoires à 3 contre l’Américain dans les confrontations directes. Les deux hommes se sont affrontés à trois reprises en finale de Wimbledon, en 2004, 2005 et 2009, mais également au même stade de la compétition à l’US Open 2006.
Sur le gazon londonien, la légende helvète avait remporté un match épique en 2009, s’imposant 16 jeux à 14 dans la cinquième manche décisive. En avril 2020, en plein confinement, Roddick avait évoqué dans une interview pour Tennis Channel le jeu de Federer qui l’a embêté tout au long de sa carrière, et plus particulièrement sur herbe.

« Je savais que je devais faire un choix, mais aucun ne s’est avéré payant »
« Affronter Roger (Federer) dans une finale peut être déprimant par moments. Quand il tournait à plein régime, il avait la possibilité d’enchaîner les services-volées plus régulièrement. Il avait une belle défense.
De plus, quand il était à son apogée, il se déplaçait plus rapidement et faisait de très beaux passing-shots. Je ne pense pas que les gens parlent assez de cela », démarrait Roddick à l’époque.
« Pour moi, c’était une option désespérée de me ruer à l’attaque et d’être ultra offensif quand je l’affrontais. Je savais que je devais faire un choix dans ma tactique, mais aucun d’entre eux ne s’est avéré payant. »
La capacité de Federer à neutraliser le point fort de Roddick, le service
« Quand je jouais contre la plupart des joueurs, je savais qu’ils n’allaient pas réussir à lire mon service aussi bien qu’ils le voulaient, ce qui me permettait de gagner la plupart des points sur mes premières balles. Mais avec Roger, ce n’était pas comme cela.
Avec de très petits mouvements, il arrivait à renvoyer la balle et dès que l’échange s’installait et que les balles devenaient plus neutres, il prenait l’avantage. J’étais un bon serveur, mais lui arrivait à faire son chop sur mon revers et je n’arrivais pas à mettre de l’effet.
On a dû jouer ce type de points des centaines et des centaines de fois, mais sa faculté à neutraliser ma vitesse avec peu de mouvements et ainsi être performant en retour contre moi était quelque chose de frustrant », poursuit-il.
Le déclic qui a permis à Roddick de battre Federer à la fin de sa carrière
Pendant onze ans, Federer a mené la vie dure à Roddick. Entre 2001 et 2012, le Suisse et l’Américain se sont affrontés à 24 reprises. Mais à quelques mois de sa retraite, le vainqueur de l’US Open 2003 s’est rendu compte d’un détail qui lui a ensuite permis de remporter leur dernière confrontation au Masters 1000 de Miami 2012.
« Pendant très longtemps, dès que j’essayais de tourner autour de mon coup droit sur ses deuxièmes services, mon timing n’était pas bon. Puis, soudainement, je me mettais en position de relance un quart de seconde plus tôt que ce que j’avais l’habitude de faire pour effectuer un retour de revers.
Roger savait tout ça pendant douze ans. Il regardait le relanceur plus longtemps que la plupart des joueurs quand il servait. Je m’en suis rendu compte sur la fin de ma carrière et sur nos derniers affrontements, je faisais beaucoup plus de retours gagnants sur ses secondes balles.
Lors du tournoi de Miami (en 2012), je me souviens que dans le deuxième set, il m’a regardé avec un visage qui semblait dire : “Oh, tu es au courant maintenant.” Mais cela m’a mis du temps pour comprendre tout cela », conclut-il. En septembre 2025, Roddick en a rajouté une couche sur sa rivalité avec Federer : « Tu as gâché ma vie pendant une décennie », lui avait-il lancé dans son podcast.

Les bêtes noires concernent même les plus grands
Les bêtes noires représentent un véritable défi psychologique et stratégique pour les joueurs de tennis. Ces adversaires redoutés, souvent capables de déstabiliser même les plus grands champions, sont le reflet des fragilités humaines face à la pression compétitive.
Comprendre les mécanismes qui se cachent derrière ces rivalités peut aider les athlètes à surmonter leurs appréhensions et à se préparer mentalement. En fin de compte, le véritable secret réside dans la capacité à transformer la peur en motivation, à apprendre de chaque rencontre et à construire une résilience qui permettra de briser le cycle des défaites.
Grâce à leurs expériences lors des matchs précédents contre un même adversaire, les joueurs peuvent trouver par eux-mêmes les clés qui leur permettent d’enfin briser le signe indien à un moment donné. Dans l’histoire, les exemples sont nombreux et concernent l’ensemble du circuit, de ceux classés hors du top 100 aux plus grandes légendes de ce sport.
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